TUEUR DE PORTABLE SANS MOBILE APPARENT de Phil Marso - Ed Megacom-ik |
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Découvrez trois extraits du premier polar dont le personnage principal est un téléphone portable. « Tueur de Portable sans mobile apparent » publié en 1999, l'auteur Phil Marso avait imaginé l'action en 2001. En 2001, Phil Marso lance la 1ère Journée Mondiale sans téléphone portable : 6 février 2001. Vous souhaitez vous procurer l'ouvrage et rencontrer l'auteur ? Rien de plus simple, si vous êtes en région parisienne. Déplacez-vous jusqu'à la boutique Megacom-ik 13 Bd Saint Marcel 75013 Paris
1er extrait | 2ème extraits | 3ème extraits |
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1er Extraits (Page 1 à 15) |
3 heures du mat
Limprimante laser fonctionnait à plein régime. Si vous croyez quun
détective privé doit se satisfaire dune machine à écrire poussiéreuse avec
quelques touches manquantes sur un clavier poisseux de whisky
Vous êtes encore à
la page des années 50 dun vieux polar. Non, moi, jétais équipé dun
Mac et je tripotais encore la souris à une heure plus que tardive. Le modem clignait. Je
consultais les sites sur Internet. Attention ! Pas pour me brancher un client.
Cétait pas mon style. Javais déjà utilisé trente-six manières pour me
foutre en lair. Le résultat était peu probant. Jen déduisais quil
fallait confier ce travail à un spécialiste. Un tueur à gage était idéal pour régler
mon compte. Je mapprêtais à télécharger ma tronche en photo avec le libellé
suivant : Cet homme est abattu, faites-en bon usage.Un internaute débutant naurait
pu déchiffrer cette prise de commande énigmatique. Trois minutes plus tard, un virus
pulvérisa mon ordinateur. Cest dire que linfo avait fait le tour de la
planète Web. On cogna sèchement à la porte de mon burlingue.
« Entrez ! »
Un grand type me faisait face. Il avait un flingue armé dun silencieux à
infrarouge pointé sur mon front. Une distance de dix mètres nous séparait. Le coup
était facile. La règle du jeu voudrait que lon ne discute pas trop comme au
cinéma. Seulement, le tueur était prudent.
« Êtes-vous solvable, John Wilson Bred ? »
Je neus pas le temps de répondre. Mon créancier tomba raide mort sur ma moquette.
Le commissaire Mafoin venait de régler ma note. Il rengaina son flingos dans létui
de son imper. Il enjamba le corps pour sinstaller dans mon fauteuil. Soudain, un
bruit strident se familiarisa à nos oreilles. Dring ! Dring ! Dring ! Mon sauveur
salarma.
« John ! Ne décrochez pas ou vous êtes un homme mort ! »
La main de Mafoin avait repris du service. Il tenait un P38, camouflé au bas de sa jambe
gauche. Serein, je compris quil avait ma vie en joue.
« Commissaire, vous arrondissez vos fins de mois en tuant sur contrat ? »
La sonnerie continuait son foutoir.
« John, je vous le répète pour la deuxième fois : ne décrochez pas !
O K ! Vous permettez que je me renseigne sur létat de ma pizza au micro-onde
?
Quoi ! Ce nest pas votre portable qui fait se boucan ?
Commissaire, jen suis encore aux surgelés à dix balles. Un mobilou, moi ?
»
Le malentendu dissipé, nous voilà attablé devant une Marguerita irradiée. La pâte
affûte nos plombages. Mon hôte rentra dans le vif du sujet.
« John, le passage de lan 2000 na pas été de tout repos.
Je vous laccorde, commissaire.
Le danger immédiat qui nous guettait, cétait le fameux bug informatique.
Mais bon, on est tiré daffaire. On a enchaîné sur 2001 sans trop de casse.
Seulement, on a enregistré des décès accidentels depuis quelques jours dans la
capitale.
Vous voulez dire des morts suspects ?
Exact !
Vous pensez un serial killer qui voudrait être inscrit dans le Guiness Book de ce
début de troisième millénaire ?
Non ! On laisse ça aux Américains, John. Je vous parle de faits pas ordinaires.
Figurez-vous que toutes les victimes juste avant de trépasser dans lau-delà
étaient munies dun téléphone mobile.
Et Alors ?
Cest troublant !
Mafoin, vous mavez prolongé la vie juste pour me sortir une énormité
pareille. Un Parisien sur deux dispose de cet objet de communication.
Cest sûr, ça crève les yeux. Nimporte qui dans la rue pianote
dessus. Nempêche un tueur a la main trop baladeuse en ce moment
Quentendez-vous par là ?
Il y a un fêlé qui surgit de nulle part. Enfin, disons le flingueur est sur la
ligne découte. Cest à ce moment précis quil agit.
Ah bon ? Vous avez trouvé larme du crime sur place ?
Non !
Des douilles ?
Non ! Tout ce que lon a relevé, cest une facture détaillée. Et là,
ça douille un maximum. John, il sattaque quau gros consommateurs.
Vous métonnez à peine, Mafoin. Cest dans lair du temps.
Nempêche ! Ma hiérarchie ne madresse plus la parole depuis que je
veux rouvrir les dossiers autour du téléphone mobile, classés sans suite.
Du genre « Veuillez rappeler ultérieurement
» ?
John, je vous charge de lenquête.
Officiellement ?
Oui ! Encore que, pour mes supérieurs, vous êtes toujours aux abonnés
absents
»
Mafoin se leva sans décrocher un mot supplémentaire.
21 h 30 La porte du quatrième sous-sol du parking souvrit avec fracas.
Ricardo Landjo venait de donner un grand coup de pied dedans, téléphone mobile oblige !
Lattaché-caisse dune main, il avançait dun pas rapide vers son box
privé.
« Écoute, chérie ! Je suis encore aux archives. Tu mentends ? »
Un grésillement sournois brouilla une fraction de seconde la conversation.
« Ricardo ! Ton portable nest pas au top. Tappelles doù ?
Des archives !
Ah bon ? Cest bien silencieux.
Normal ! Le personnel sest déjà barré. Tu men veux pas, si je ne
rentre pas ce soir, Amandine ?
Non, mais combien de temps ça va durer ?
Entre nous, Amandine ?
Jusquà la mort !
Arrête, Ricardo ! Jaime pas ton humour à froid.
Je sais
Taurais préféré que nous en discutions sous la couette.
Jy peux rien si ma patronne mimpose des heures sup. On se rattrapera cet
été.
Mouais ! »
Un bip résonna dans lécouteur.
« Amandine, jai un double appel. Je te reprends tout de suite. »
Ricardo appuya sur la touche « R ».
« Quest-ce que tu glandes ? Tas expédié ta femme aux tâches ménagères ?
Ah, Carole, cest toi
Qui veux-tu que ça soit, idiot ?»
Lhomme baissa sa voix.
« Carole ! Jai Amandine à lautre bout du fil. »
La maîtresse vociféra.
« Parle plus fort, impuissant !»
Ricardo sempara du beeper de sa Turbor G27 2000 pour désactiver lalarme. La
portière avant souvrit. Il jeta lattaché-caisse à larrière. Il
appuya sur la touche Assistance vocale située sur le tableau de bord. Il commença à
articuler les mots-clés.
« Fermeture ! »
La portière avant glissa lentement pour se refermer automatiquement.
« Contact ! »
Un ronronnement à peine perceptible venait denclencher les 300 CV sous le capot de
sa Turbor G27 2000. Le sourire au coin des lèvres, il encastra son mobile au centre du
volant. Pendant tout ce temps, Carole avait collé son oreille à lécouteur.
« Ambiance extérieure ! »
Le son du moteur samplifia à lintérieur du bolide.Ricardo hurla :
« Alors, quest-ce que tu dis de ça, Carole ? »La jeune femme recula dun bon
à cause des décibels. Hargneuse, elle répliqua en criant à son tour.
« Ça va ! Sois en forme pour tout à lheure, voyou !
Je reprends Amandine, OK ? »
Ricardo continua ses ordres méthodiquement.
« Ambiance interne ! Chauffage ! 22 ° ! »
Il effleura malencontreusement la touche « R ».
« Ricardo ! Tavais qui au bout du fil ?»Linfidèle fut surpris par la voix
jalouse dAmandine. Le chauffage entonna un vrombissement sensuel dans
lhabitacle du Turbor G27. 2000.
« Tinquiète, chérie ! Cest le chef des ventes qui voulait que je
remonte un dossier.
Cest quoi ce bruit ?
Euh
Cest la photocopieuse qui chauffe.
Ricardo, je croyais que tu numérisais les documents avec ton portable.
Cest vrai ! Mais je te lai dit cent fois que je ne peux pas le faire si
je suis en ligne en même temps.
Vas-y, dit que je te dérange ?
Mais non, Amandine. »Ricardo éclata de rire.
« Tu te fous de moi ?
Chérie ! Je rigole en pensant à ces ploucs du XXe siècle qui sextasiaient
devant cet outil désuet.
Tu parles de la photocopieuse ?
Évidemment ! Bon, il faut que je remonte à mon bureau, Amandine.
OK ! Jai compris. Je te roule un patin en attendant mieux.
Amandine ! Jen fais de même en 10 000 exemplaires. La photocopieuse,
cest pas une rapide. Tas de quoi tenir jusquà demain matin. Tu vas
adorer, mon amour ! »
La communication fut enfin coupée. Ricardo était lhomme le plus heureux sur Terre.
Deux femmes dans le même pack demballage. Quand lune est occupée,
lautre est libre. Il passa ses mains dans ses cheveux noirs. Puis, sapprêta
à saisir à la hussarde le volant de son Tubor G27 2000. Lindicatif musical du
téléphone retentit. Il regarda sur le cadran digital pour mémoriser le numéro de
lappel. Aucun nombre à dix chiffres ne saffichait. Linterlocuteur
nétait même pas sur Liste rouge car les étoiles qui pouvaient respecter
lanonymat napparaissaient pas. À la place, une dizaine de cibles
clignotaient, comme sur un jeu vidéo. Le cadre supérieur garda la tête froide. Il ne
soupçonna même pas que ses supérieurs lavaient mis à lécart de cette
nouvelle fantaisie du téléphone mobile. Bosser pour TRANSCOM, le N°1 des opérateurs
européens était un privilège. Nempêche, nêtre pas dans le secret des
dieux aurait pu rendre hystérique plus dun. Le mégapilote du Turbor G27. 2000 se
contenta de sa réflexion première.
« Encore un emmerdeur ! »
Ricardo Landjo ne pouvait trahir sa devise « Toujours à léveil du monde de demain
» quil lavait fait grimper socialement.
« Allô !»
Personne ne se manifestait.
« Allô ! Jécoute ! »
Un silence pesant simprégna subitement. Il ne pouvait pas se permettre de
raccrocher. Cétait pas dans les murs de Ricardo. Son cerveau sactiva.
« Je vois. Cest un test ? »
Aucune réponse ne vint pour autant.
« Écoutez, si vous voulez que lon prenne rendez-vous pour la semaine prochaine,
Jattrape mon agenda cyberbouké et on règle ça dans la minute même. »
Une voix familière prit enfin la parole.
« OK ! Va pour un rencard avec la mort, Ricardo. »
Le conducteur faillit sétrangler en attendant sa propre voix.« Vous mimitez
bien, monsieur. À qui je dois ce talent ?
Ricardo Landjo !
Allons , cest une plaisanterie ?
Non ! Cest le mobilou Z45678 qui a cloné votre voix. »
Une goutte de sueur coula lentement sur la joue de Ricardo avant de disparaître dans le
col de sa chemise dOxford.
« Vous avez froid, M. Landjo ?
Euh, non !»Le son du correspondant augmenta de volume.
« Chauffage ! 32 °. »
Le conducteur répliqua.
« Coupez chauffage ! »
Le cadran du thermomètre fléchit légèrement à 18 ° avant de remonter inexorablement.
« Chauffage 32 ° pendant dix minutes. »
Le premier réflexe de Ricardo fut de vouloir interrompre la communication en appuyant sur
la touche Déconnexion. Sa propre voix venant du téléphone mobile continua ses
recommandations.
« Votre Z45678 sera déchargé le 24 avril 2010 à 0 h 53. TRANSCOM vous garantit la
sécurité à vie de tous nos matériels de télécommunication planétaire. »
Ricardo reconnaissait le message commercial quil avait maintes fois répété à ses
clients au début de sa carrière de VRP.
« Portière bloquée durant quinze minutes pour tentative dagression extérieure.
»
Ricardo frappa énergiquement sur le volant pour faire taire ses ordres.
« Ceinture de sécurité inactive !»Le turbor G27. 2000 bougea soudainement de quelques
centimètres.
« Essuyage optimum ! »
Un liquide mousseux aspergea le pare-brise à lextérieur. Puis, un souffle chaud
fit évaporer leau sale.
« 100 % de visibilité. »
Un mur bétonné se dressa à 50 mètres du bolide.
« Nous sommes sur une autoroute. Vitesse conseillée 200 km/h. »Ricardo appuya à fond
sur les freins. Le Turbor G27. 2000 se crasha contre le mur. Le haut-parleur du parking
termina par ce message laconique :
« Fin de la communication. »
Copyright : MEGACOM-IK / Phil Marso - Octobre 1999.
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2ème Extraits (Page 46 à 55) |
19 h 30 la soirée était exceptionnelle chez la famille Speedoza. Un concours de circonstances fit quils étaient tous réunis à la table du repas. Cela ne sétait pas produit depuis un mois. Il en manquait toujours un ou deux. La réunion dassos, lentraînement de foot, les cours de danse étaient toujours un alibi en béton pour échapper à la bouffe de Suzanne Speedoza. Une mère complètement déséquilibrée était la raison évidente de ne pas se pointer à table. Trop de sel, pas assez cuit, trop bourratif, pas assez digestif, pas fantaisiste, trop routinier voilà les reproches que lon pouvait faire à la Mama Speedoza. La table était mise. Seule anomalie, rien dempoisonnant nétait encore à portée de vue.
« Maman ! Tas oublié ton rencard au micro-onde. Tes déjà en retard de dix minutes. »
Le fiston Erico venait dattaquer lentrée. Le père en rajouta une couche de sauce.« Dix minutes à attendre à la terrasse dun café, cest pas le problème. Mais, dix minutes de plus au micro-onde cest du réchauffé fossilé. »
La fille Rébecca Speedoza prit la défense de sa mère.
« Ne les écoute pas, maman Ils savent très bien quen cas de famine, ils réserveraient une place à ta cantine. »
Le père Antonio Speedoza, de sa voix bourrue, ricana.
« Ah, ah ! Cest même pas sûr que la cantine de Mama soit répertoriée par les tickets de rationnement alimentaires du Kosovo. »
Mama Suzanna Speedoza ne comprenait pas cet acharnement familial. Elle les avait tous nourris au sein. Même Antonio, qui mordillait goulûment ses tétons par manque affectif ou de calcium. Elle sortit de sa blouse de cuisine un Mobilou.
« Allô ! Ici, la pizzalou de La Morière. Jai trois bouches à nourrir. Quest-ce que vous me conseillez pour quils vomissent ? Non ! Non ! Ne raccrochez pas ! On fête Halloween avant tout le monde. OK ! La pizza Louchadia me paraît praticable. Quatre dans trente minutes, cest parfait ! Je vous donne ladresse :54 rue Champollion. »
Le reste de la famille était stupéfait par la dextérité de la Mama. Erico freina toute de suite lenthousiasme général.
« Maman ! Quest-ce quil y a dans la pizza Louchadia ?
Cest une surprise !
Maman, tu sais que jai horreur de ça. Au moins, avec toi, on sait à quoi sattendre. »
Lado sempara de son Mobilou perso.
« Cest quoi le numéro de téléphone, Mama ? »Antonio toujours le mot pour rire.
« Le 15, Erico.
Cest impossible ! Il faut dix chiffres.
Non ! Pour les urgences, cest le minimum à composer. »
Lépouse ne broncha pas à cette rediffusion vaseuse de son mari.« Salut ! La Pizzalou. Voilà, jai ma reum qui vous a commandé une Louchadia.
Ouais ! Cest parti .
Ah Il y a quoi dans la Louchadia ?
Anchio, tomato, bouillie de spaghetto, olivio, carré de jambio, caprio, lardo, soupoudreto de mozzarello !
OK ! »Erico, satisfait du cocktail de la mangeaille, coupa net le haut-parleur de son Mobilou. Rébecca Speedoza mit la pression.
« Cest suspect ! »
La Mama haussa les épaules.
« Allez, ma fille, épate-nous avec Internet.
Je vais me gêner ! »
Elle sortit de son sac à main le Webloumil de la dernière génération. Lécran à cristaux liquides fluorescents ne passait pas inaperçu. On pouvait de ce portable hypersophistiqué interroger la planète entière. Les fonctions étaient multiples. Rébecca dicta sa recherche.
« Pizza Louchadia. »
La réponse fut rapide.
« Inconnue ! »
Elle ne se découragea pas.
« Je balance un avis de recherche sur le chat-web. »
Antonio se saisit à son tour dun Mobilou.
« Allô ! Commencez sans moi, les gars. Jai un dîner en ville qui me retient. »
Les messages à caractère personnel fusèrent.
19 h 42 05« Rébecca, tu maimes toujours ?
Sois plus original, Jerry ! Propulse-toi dans le futur.
Ça va être dur !
Non ! Imagine que je suis en chaise roulante.
Euh Jai envie de te rouler un patin.
Freine, mec ! »
19 h 42 36
« Je sèche grave sur linterro de demain. Tas des tuyaux ?
Erico, ça tarrive doublier le boulot.
Tas raison, Francky ! On joue pas sa vie au bahut.
La retraite, moi, je la prends à vingt ans. Marre des 32 heures par semaine.
Qui va te la payer, Francky ?
Mes vieux ! »19 h 43 01
« Antonio ! Tu crois que je peux venir de ta part ?
Ouais ! Mais prononce vite mon nom. Je veux pas dembrouilles. »
19 h 44 27
« Salut Erico ! Tu crois que ta sur veut plus de moi ?
Jerry ! Vos problèmes sexuels, ça vous regarde.
Arrête ! On na pas encore couché.
Cest bien ce que je disais. »
19 h 45 01
« Jerry ! Quest-ce que tas demandé à mon frère ?
Rébecca ! Juste si on entrait dans un cycle lunaire.
Ah bon ! Tu tintéresses à lastronomie, maintenant ?
Ouais ! Cest lesprit de corps des particules qui me branche. »
19 h 46 54
« Antonio ! Tu connais la meilleure ?
Non !
La femme est lavenir de lhomme à condition dêtre proxénète de son état.
Toi ! Tu vas encore me taper du fric.
Et alors, je suis ta sur. »
19 h 4824
La Mama sabsenta. Une fois dans la cuisine, elle se versa un verre deau. Son Mobilou sactiva.
« Bonsoir ! Suzanna ? »
La provenance de lappel était signalée par une série de cercueil.
« Qui êtes-vous ?
La mort !
Cest une plaisanterie ?
Non, je voulais juste vous prévenir de votre fin tragique. »
La Mama ravala péniblement sa salive.
« Vous êtes bien sûr de vous ?
Jai sous les yeux le journal de demain matin. Vous êtes dans la rubrique faits divers. Cest pas très joli. »
19 h 49 54
« Bonsoir Antonio ! La mort vous guette.
Ah, ah, ah ! Arrête tes bêtises, Marcel. Jai reconnu ta voix.
Votre ami est au cinéma. M. Speedoza, je voulais juste vous prévenir que votre femme a tout préparé elle-même.
Quoi ?
La pizza Louchadia ! 50 % arsenic, 50 % de mort-aux-rats.
Vous êtes malade, Monsieur.
Pas autant que vous dans quelques minutes. »
Antonio préféra ne pas tenir compte de la menace. Il coupa la communication.
19 h 50 02
« Salut Rébecca !
Cest toi Jerry ?
Non, cest la mort qui va te prendre.
Cest quoi, ce délire ?
Lau-delà est le royaume de lecstasy, ma belle.
Merde !
Ils sont déjà au courant, les autres. Ils ont décidé den finir avec toi.
Qui ça ?
Tas une chouette famille ! »
Rébecca scrutait devant lécran plat de son Webloumil. Tout était illisible. Elle tenta de jouer le jeu.
« Quest-ce que tu proposes ?
Ton tir à larc de compète.
Merci ! Jy réfléchirai. »
19 h 51 34
« Alors, la Mama, tu vas te faire étriper sans rien dire ?
Encore vous ?
Oui ! Jaime donner une ultime chance aux victimes fragiles.
Qui men veut ?
Les autres ! Ils ont déjà tous un alibi quand vous serez découverte saignée à blanc sur le carrelage de la cuisine. Le crime collectif, ça donne des idées. »
La mère nosa pas prévenir quun dingue la faisait flipper au Mobilou.
« Ah Suzanna, vous méritez mieux que de vous faire massacrer. »
Elle essaya dinterrompre la communication.« Mama, ça ne sert à rien de vouloir supprimer notre dialogue. Ils vont la couper net, votre langue.
Jalerte les flics.
Bof !
Ils ne prennent plus au sérieux les appels dun Mobilou.
Vous allez maider ?
Non ! Le couteau du rôti de porc va les surprendre. »
Mama Speedoza fit grincer un tiroir métallique. Une lame étincelante nattendait que ça.
19 h 52 09
« Erico ! Sors vite de table.
Pourquoi faire ?
Sauver ta peau, môme !
Oh lautre, jai déjà entendu cette réplique à la téloche.
Erico ! Tas toujours été le mal-aimé à la maison.
Cest vrai !
Là, ils vont pas te rater. Balancé direct du balcon comme Superman.
Tu déconnes ?
Non ! Personne sétonnera de ton vol plané, Erico. Tes toujours à te pencher en avant.
Alors, je meurs à la fin ?
Non ! Tas le droit à lépisode suivant si tu mécoutes.
OK !
Va chercher ta batte de base-ball. Cest le moment de ten servir. »
19 h 53 07
Les deux enfants Speedoza quittèrent subitement la table. Le père sen préoccupa à peine.
19 h 54 10
« Antonio ! Vous êtes toujours à table ?
Ouais ! Le seul du reste.
M. Speedoza, vous allez vous faire piéger en beauté.
Ça me regarde.
Le livreur de pizzas va arriver dans trois minutes.
Vous êtes son entraîneur ?
En quelque sorte, mais à ce rythme, vous navez plus quun essai.
Ah ! Vous voulez me faire la leçon. Je parie que vous êtes ce père de famille qui na pas accepté ma sélection.
Vous allez être face au livreur pour réceptionner la pizza Louchadia. »
Antonio réagit enfin.
« Cest encore le dingue de tout à lheure.
Écoutez, vous allez payer la note.
La Mama me remboursera.
En couronnes de fleurs, cest romantique. »
Lhomme sénerva :
« Écoutez, je vais porter plainte pour appels téléphoniques malveillants.
M. Speedoza, vous avez toujours la manie au resto de ne pas attendre les autres pour manger.
Et après ?
Je parie que vous allez vous jeter sur la pizza.
Ouais !
Ils nattendent que ça !
Qui ?
Les autres ! Larsenic et la mort-aux-rats vont être votre incinérateur en matière de foie.
Connerie ! Le livreur nest pas dans le coup.
Si ! Il a fait intimement connaissance avec la Mama. »
Antonio réfléchit vite.
« Après tout, vous êtes peut-être dans le vrai.
Évidemment, Antonio ! La Mama sest toujours surpassée en bouffe pour vous éloigner du domicile.
Il faut que je réagisse. »Antonio se leva de sa chaise.
9 h 55 18 La sonnette de lappart retentit.
20 h 30 Un périmètre de sécurité était installé au 54, rue Champollion. Mafoin, lair sombre, vint à ma rencontre.
« John !
Commissaire, il y a du nouveau ?
Ouais ! Notre tueur de portable fait dans laccident domestique. Jetez-y un il à lintérieur, cest moche ! »
Une fois franchi le seuil de la maison des Speedoza, un haut-le-cur me prit. Cétait la première fois que javais devant moi une tuerie familiale. Le médecin légiste me fit les présentations.
« Erico, le fils, a succombé à trois coups de couteau dans le thorax. Mama Speedoza a été transpercée par une flèche en plein cur. Rébecca, la fille sest mangé un fer à repasser. On peut encore voir la trace sur le visage. Antonio, le mari, a glissé sur la mare de sang. Fracture du crâne ! »
Un détail retint tout de suite mon attention. Quatre Mobilou était posés sur la table à la place des assiettes qui avaient volé en éclats par terre avec les couverts.
« On a déjà fait un diagnostic ?
Mario Geny sen occupe. »
Deux minutes plus tard, lexpert surgit complètement excité.
« Lenfoiré ! On le tient !
Notre homme a fait une erreur ?
Ouais, une bourde monumentale ! Le tueur a appelé sur les quatre portables simultanément.
Et alors ?
Il a joué le rôle de conférencier.
Il sest invité à la table familiale des Speedoza.
Absolument ! Lennui, cest que ce circuit fermé a imprimé son numéro de portable une fois de trop.
Euh Soyez plus clair, Mario.
Eh bien, cest comme sil avait rempli un imprimé avec du papier carbone en quatre exemplaires. Il a réussi à détruire les imprimés. Sauf quil a eu besoin dune cinquième feuille utilisée comme un bloc-note. Il a oublié de sen débarrasser.
Jy pige rien, à ce que vous me raconter, Monsieur lexpert en com.
Pas grave ! Jessayais de faire un schéma technique simple. »
Mario Gény utilisa son propre Mobilou pour taper un numéro de portable.
« Je veux être le premier à lui dire quil est foutu. »
Soudain, on entendit une sonnerie dans la maison. Les quatre Mobilou sur la table étaient désactivés. Les Speedoza navaient pas de téléphone fixe.
« Notre tueur est encore sur les lieux du crime », suggérai-je. Si nous nous dispersions dans la maison prudemment pour le localiser ?
21 h 05 La sonnerie était de plus en plus distincte. Seul dans lescalier qui menait à la chambre des parents Speedoza, javançai prudemment. À létage, un long couloir me faisait face. Au bout, dans un débarras à la porte fermée, se cachait enfin notre serial killer. Dordinaire, jaurais déjà dégainé mon magnum 357. Mais mon intuition me laissait à penser que le type qui nous narguait depuis quelques jours nétait pas armé. Un filet de lumière était visible sous la porte du débarras. Jouvris.
21 h 07 Un môme dun an et demi, très joufflu et rigolard, me tendait les bras. Juste à ses pieds, un portable traînait par terre. Lennui, cest que lappareil nétait quun simple jouet jusque-là inoffensif.
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3 ème extraits (Page 70 à 79) |
16 heures La radio annonçait le crash dun hélicoptère à Massy-Pal. Michel Taguère dans sa cabine de routier soupira.« Putain ! »Il venait de passer Chalon-sur-Saône. Il était parti tôt ce matin de Rennes. Les kilomètres avalés au compteur, la circulation était fluide. Une sonnerie retentit.« Merde ! »De la main droite, il se saisit du mobilou tout en maintenant le volant de la main gauche. 90 km/h saffichaient sur le tableau de bord. Il prit la communication.
« Quest-ce que tu fous, Michel ? Tu dors ?
Patron, si cétait le cas, vous auriez plus quà récupérer le matos informatique en pièces détachées sur le bitume.
Tu roules ?
Ouais, ça ne sentend pas ?
Fais pas le malin, Michel. Jai pas dépensé 50 000 francs doption pour la sonorisation de ta cabine pour que tu ne puisses pas entendre la sonnerie du mobilou.
Vous voulez dire dun réveille-matin, Patron.
Tes où ? »
Il mentit.« Jai dépassé Mâcon.
Tes pas en avance, Michel. La cargaison doit être livrée demain matin pour 8 heures à Milan.
Jai déjà pas mal dheures dans les pattes.
Eh bien, tu peux sauter un repas. Cest bon pour ton régime.
OK ! Comme dhab
Bon, on fait le point dans six heures. »
Salvador Ringéko coupa net la communication sans dire au revoir. La secrétaire, Martine Lapolière, était devant lui dans lattente de la signature dun dossier. « Il me raconte des bobards, Michel. Jai appelé Stéphane, il y a cinq minutes. Il est parti une heure après lui. Il na pas encore franchi Auxerre. » Michel se résolut à sarrêter à un relais routier pour joindre son épouse. Depuis que son boss lui avait imposé le mobilou, il avait limpression dêtre surveillé dans les moindres de ses gestes. Il se remémorait encore la réunion improvisée à la lueur matinale dans le hangar du transporteur routier Ringéko and Co. Les yeux en merlan frit, il nous avait pêché dans la nuit un mobilou pour chaque conducteur. Cétait selon lui un outil de travail extraordinaire qui évitait les galères. On sattendait à apprendre par cur notre numéro perso pour que nos épouses puissent nous joindre en cas de pépin. Salvador Ringéko nous arrêta net dans notre liberté dexpression.« Vous croyez que je vous paye pour tenir la permanence Allô-Solitude pendant trois plombes avec vos femmes ? »Ça sous-entendait quà force dêtre sur la route, on pouvait avoir plusieurs maîtresses. Salvador était passé par là avant de se mettre à son compte. Il connaissait la musique. « Non, les gars, cest pas du business. Si vous voulez que je paye vos salaires, il faut que je puisse vous joindre à toute heure. Alors, pas de rencard coquin. Les mobiloux sont bridés. Et le seul contact que vous aurez, cest avec moi. » Michel se souvenait quune fois de plus il avait ouvert sa gueule. « Super ! Ça reste en famille ! »Ringéko ne broncha pas ce jour-là. Il termina son show en tapant dans les mains et souligna sa bonne humeur par cette phrase :« Rien ne vous empêche davoir un second mobilou à vous. Transcom les donne sans abonnement. »Les premiers jours dutilisation avaient été un peu laborieux. Mais, lesprit dentreprise ne dérogeait pas à la règle des transporteurs. Michel avait pu grâce au mobilou se dérouter pour approvisionner un client en rupture de stock. Le chiffre daffaires avait sensiblement augmenté, pas les salaires. Mais le patron avait pu embaucher cinq types rapidement.
17 h 07 Le semi-remorque sarrêta sur le parking près de Chez Léontine, le relais routier. Michel descendit de sa cabine. Il fit quelques pas sans se presser. À mi-chemin, il comprit quil avait oublié lessentiel.« Merde ! Mon mobilou » Cest en ouvrant la portière que la sonnerie brailla.
« Allô !
Tétais où encore, Michel ?
Jai dû marrêter pour pisser.
À ton âge ? Tas déjà la prostate. Ça fait bien dix minutes que je tente de te joindre. »
Michel ne souligna pas ce mensonge, familier chez Ringéko. Il sétait habitué à cette pression.
« Quest-ce qui se passe ?
Eh bien, il va falloir que tu remontes sur Dijon. Jai un client qui ma demandé de charger une photocopieuse pour son fils. Il est sur ton chemin.
OK ! Ladresse ? »Ringéko se félicitait de son efficacité. Michel entra enfin dans le relais. Cétait pratiquement désert. Léontine passait une lavette sur le comptoir.
« Alors, quest-ce qui tamène, Michel ?
Les emmerdes ! »Il posa son mobilou sur le comptoir.
« Je vois. Wall Street est à nos portes
Sers-moi une mousse, jarrive. »
Le routier se dirigea vers les toilettes.
17 h 10 Le mobilou de Michel salarma une fois de plus. Léontine tenait le relais depuis une trentaine dannées. Elle en avait vu défiler des gars. Autant dire quelle avait la tchatche. Mais, le téléphone mobile, cétait un truc qui la dépassait. Elle ne put se résoudre à encaisser les vingtaines de sonneries successives sans réagir. Elle sempara du mobilou et le porta juste devant la porte des toilettes. Michel, assis sur la lunette, sétait endormi. Le bruit familier eut raison de son coup de pompe. Il se leva sans remonter son slip ni son pantalon. Il ouvrit le verrou. Léontine, lui passa le mobilou dans lentrebâillement de la porte.
« Allô ! Tétais où encore ?
Aux chiottes !
Michel, tavais quà prendre tes précautions avant de partir. Texagères ! »
Le routier se rassit sur la lunette des WC.
« Quel est le programme, patron ?
Jannule ton déroutage. Cest Stéph qui prendra la marchandise.
OK !
Attends-toi que je tenlève quelques heures sur ta fiche de paye. »
Michel fit la grimace.
« En quel honneur ?
Jaime pas quon me raconte des histoires.
À quel propos ?
Ton camion est sur le parking de Léontine. »
Une fois de plus, la communication fut coupée net. Furieux, Michel expédia vite fait les affaires courantes et se rua au comptoir. Il gueula :
« Léontine, cest toi qui mas balancé ? le boss sait que je suis dans ta taule. »
La vieille femme continua à essuyer son verre avec un torchon. Elle le posa délicatement sur le zinc.
« Michel, tu me fais de la peine. Je croyais que tétais au courant.
Quoi ?
La rumeur prétend que les mobiloux de Ringéko sont de véritables balises. Ils permettent de te suivre à la trace. Jy connais trop rien à lélectronique mais, dici peu, ils pourront savoir si tu couches dans le salon ou la chambre à coucher.
Mince !
Tu las dit, Michel. »
17 h 14 Ringéko avait soulevé le capot de son mobilou. Un écran plat sy présentait avec la carte de France parsemée de points rouges minuscules. Il tapa le code MITAR001. Lécran ouvrit plusieurs fenêtres en quelques secondes pour fixer le point. Il sélectionna dans le choix « Affichage » la fonction zoom avant. Le camion de Michel était bien au kilomètre 21 après Chalon-sur-Saône. Un sigle représentait un relais routier. Par expérience, Ringéko savait que cétait chez Léontine. Sil avait un doute, il avait juste un numéro de téléphone affiché à sa demande afin de contacter le lieu indiqué sur le mobilou.
17 h 16 Le transporteur interrogea à nouveau la balise.
« Quest-ce quil fout ? Il sest pas barré »
Ringéko fulminait en composant le numéro du mobilou de Michel. La sonnerie retentit à nouveau dans le relais routier.
« Écoute, Jai une idée, Léontine.
Laquelle ?
Je reprends la route sans le mobilou.
Toi, tu veux te faire virer.
Non, jen ai marre dêtre lesclave des temps modernes. Je ne suis pas censé répondre quand je bois mon café ou que je décharge la marchandise. Jai des potes qui se valorisent avec le mobilou.
Ça leur donne une virilité supplémentaire.
Ouais ! Ça remplace lérection du matin. Ils se font sonner à deux plombes du mat pour une urgence.
Les cons !
Léontine, tas pas des gosses à nourrir. »
Le téléphone portable glapissait toujours.
« Michel, tu ne pourrais pas faire brailler ça ailleurs.
Bouge pas ! Je vais le mettre en fonction répondeur. »
Il appuya sur une touche.
17 h 17 Ringéko entendit enfin la voix de Michel préenregistrée.
« Lenfoiré ! Il a mis son répondeur. Bon, Michel, cest un jour de congé que je te fais sauter si tu ne mappelles pas dans cinq minutes. »
Léontine ouvrit la porte du frigo.
« Bon ! Ton mobilou a pris un coup de chaud, Michel.
Cest ça ! Refroidis-le un bon coup.
Michel ! Tu le récupères au retour.
Merci Léontine ! Jentends déjà les remontrances du boss : alors, tas oublié découter ta messagerie, je tavais dit de venir plus vite.
Ils font ça même le lundi matin ?
Ils vont se gêner !
Jai des collègues qui courent après les heures sup. Ils ont peur de se faire mal voir. Ils jouent à celui qui décrochera son mobilou le plus vite. »
17 h 20 Michel donna un dernier coup de volant pour sengager sur lA6. Maintenant, sil ne voulait pas se faire licencier, il lui restait à rouler toute la nuit sans faire de halte.
18 h 09 Ringéko renonça à laisser une énième menace sur la messagerie. Il décida de prendre lavion dans lheure qui suivait. Sa secrétaire prévoyait quil serait à Genève vers 22 heures. Lidée était ensuite de prendre un de ses camions et de rejoindre le tunnel du Mont Blanc avant le passage de Michel.
22 h 30 Ringéko était sur une bande darrêt durgence à six kilomètres du tunnel. Il but une tasse de café. Soudain, un semi-remorque passa à vive allure. Il reconnut tout de suite le bahut de son gars. Il faillit renverser le liquide bouillant sur son pantalon.
« Je te tiens, mon salaud ! »
Il sapprêtait à démarrer quand son mobilou sactiva.
« Allô !
Ici, le central de SYMCOMANIA.
Ah ! Quest-ce qui se passe ?
On a localisé votre rebelle.
Pas la peine.
Il sest viandé à la sortie de Bourg-en-Bresse.
Cest impossible ! Je viens de le voir à linstant.
M. Ringéko, je vous confirme laccident. »
Le camion sengagea sur la Nationale. Il scrutait la route dans lespoir de voir en ligne de mire, Michel. Le compteur indiquait 90. Le mobilou était en veille. Il alluma la radio. Une voix étrange lui abasourdit les oreilles.
« M. Ringéko, vous êtes têtu. »
Il tenta de baisser le volume.
« Vous avez vérifié la cargaison que vous transportez, M. Ringéko ? »
Le patron se surprit à répondre. « Évidemment ! La citerne est vide.
Ah, vous croyez ? Si je vous disais que votre lait senflamme à la moindre étincelle.
Comment vous arrivez à parler dans la radio ?
Oh, vous avez raison. Ça fait mauvais genre. Le mobilou cest plus pratique pour persécuter son personnel.
Qui êtes-vous ?
Lâme du mobilou.
Cest une blague ?
Non ! Je vous écoute depuis ce matin. Le programme est captivant. On se croirait dans une pièce de grand boulevard.
Je ne comprends pas votre allusion.
Vous savez cette petite musique sonore qui claque aux oreilles comme une porte.
Vous avez lintention de me tenir compagnie jusquà Milan ?
Cela va dépendre de vos aptitudes en matière de réflexe. »
La voix se tut. Le camion rentra dans le tunnel. Ringéko éclata de rire.
« Ah ! ah ! ah ! Baisé mon gars. Ton antenne narrive plus à me capter. »
Malgré lheure tardive, il y avait quand même de la circulation à lintérieur. Le nouvel éclairage était dense. Depuis laccident mortel dans le tunnel en mars 1999 où trente-neuf personnes périrent carbonisées. Les autorités avaient pris leurs dispositions pour éviter un nouveau drame de cette ampleur. Tous les cent mètres, il y avait des caméras de télésurveillance afin dalerter les secours au moindre accrochage. Le compteur indiqua les 75 km/h. Ringéko avait tout de même remonté les vitres dès lentrée du tunnel. Le degré de pollution sétait atténué mais avec le passage de milliers de camions depuis la réouverture en hiver 2000, rien navait changé. Une BW 800 arriva à la hauteur du camion. Ringéko ne sen soucia guère jusquau moment où elle le dépassa. Prenant de la vitesse, elle se mit soudain sur la file du bahut. Puis, freina.
« Quest-ce quil fout, ce con ! »
Le conducteur dut braquer son volant à droite pour léviter de justesse. Il entendit pourtant des klaxons et des crissements de pneu. Limpression quun autre véhicule derrière arrivait à toute blinde. La manuvre réalisée, la BW 800 accéléra. Une CZK700 déboîta. Il prit en filature la BW 800.« Ils sont malades ! »Ringéko avait failli taper son pare-chocs avant contre une borne durgence. Le mobilou résonna.
« Allô !
Bon réflexe ! Mais cétait facile ! »
Ringéko blêmit légèrement. Il regarda dans le rétroviseur. « Ah non ! Cest devant que ça se passe. »
Quatre véhicules lui bouchaient le passage. Il encastra machinalement le mobilou sur le tableau de bord. Il appuya sur laccélérateur pour se ressaisir.
« Tu vas voir, ils vont vite dégager avec un 38 t au cul ! »
Ringéko tenta de se frayer un chemin dans sa file en intimidant le véhicule de devant. Elle se poussa. Enfin, il avait la voie libre. Pourtant, un évènement inattendu le déconcentra. Le compteur kilométrique saccéléra. En deux secondes, il savala 1 500 kilomètres. Puis revint à son rythme normal. Six bolides étaient maintenant dans la course.
« Vous voulez ma peau !
Non ! Juste ton âme.
Attendez ! Rien ne mempêche de continuer.
M. Ringéko, je vous déconseille de ralentir. Vous ne savez pas ce quil y a derrière vous. »
Le boss regarda dans le rétroviseur. Un jet de gaz carbonique, prévu en cas dincendie, se déclencha. La visibilité était néante à larrière.
« Vous ne voulez pas que demain les journaux annoncent que lentreprise Ringéko and Co a été lauteur dun carambolage monstrueux dans le tunnel du Mont-Blanc ?
Non !
Il vous reste à peine deux kilomètres. Continuez ! »
Le manège reprit de plus belle. Le bahut atteignait 120 km/h. Ringéko avait pri parti de sen tirer par nimporte quel moyen. Le compteur était maintenant à 115 008 km. Cétait un délire complet. Des deux mains fermes sur le volant, il était concentré à lextrême. Il évita à plusieurs reprises les pièges du freinage. Au km 12, une autre CZK700 se décala de la file de droite pour se placer carrément en plein milieu de la ligne blanche. Ringéko nhésita pas. Dun coup de volant, il sengagea sur le rebord de la chaussée. Le bahut monta rageusement.
« Cest assez audacieux ! »
Complètement excité, Ringéko hurla.« Je passe ! »
Deux véhicules sur la file de gauche venaient de se tamponner et de partir en tête-à-queue. Lun deux senflamma. Toujours le pneu gauche à vive allure sur la chaussée, le bahut sétait incliné dangereusement. Ringéko tapa du poing sur le klaxon en signe de victoire.
« Je passe ! »
Le mobilou parla dune grosse voix caverneuse.
« Tu trépasses ! Il trépasse ! Nous trépassons ! Vous trépassez, Ringéko ! »
La vision de véhicule embouti disparut du pare-brise par enchantement. La citerne se coucha sur la route. La cabine du bahut se décrocha violemment et pivota sur elle-même avant de glisser inexorablement sur le goudron. La tête en bas, coincé avec la ceinture de sécurité, Ringéko ne pouvait se détacher dans ce ballet mortel. La citerne suivait la cabine plus lentement et par miracle stoppa à cinq mètres. Un liquide sévacua. Lodeur dessence remplit lhabitacle de Ringéko. Le mobilou ressuscita.
« Ringéko ?
Quoi ?
Je vois que vous navez pas dans votre répertoire le numéro de téléphone durgence de S.O.S. Grands Brûlés. Dommage ! »
Une explosion canonisa une fois de plus le tunnel du Mont-Blanc.
Copyright : MEGACOM-IK / Phil Marso - Octobre 1999.
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Sortie le 6 février 2009 - Disponible en librairie - Communiqué de presse